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Comment un réseau terroriste syrien a profité de la vente de bitcoins en bureaux de tabac


Le parquet national antiterroriste annonce avoir levé le voile sur un réseau syrien de financement du terrorisme. Ce dernier aurait profité de systèmes de vente de bitcoins en bureaux de tabac pour transférer de l’argent sur des comptes de jihadistes.

Vingt-neuf personnes, dont quelques proches de femmes et d’enfants de jihadistes détenus en Syrie, ont été placées en garde à vue mardi en France lors d’un vaste coup de filet contre un réseau de cyberfinancement du terrorisme.

Cette opération de police a suscité la colère du collectif Familles unies, qui regroupe des proches de Français détenus dans des camps en Syrie et défend le droit d’envoyer de l’argent à « leurs filles ou leurs belles-filles » afin de les aider à « survivre ».

55 perquisitions, 29 gardes à vue

Menée par plusieurs centaines d’agents de la police judiciaire, de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et du Raid, l’opération menée mardi a conduit à 55 perquisitions et 29 gardes à vues, a annoncé le parquet national antiterroriste (Pnat) dans un communiqué.

Ces personnes sont soupçonnées « pour la plupart d’avoir injecté des fonds », totalisant des « centaines de milliers d’euros, « dans le réseau au bénéfice de proches se trouvant en Syrie, et, pour deux d’entre eux, d’avoir joué le rôle de chevilles ouvrières du système de cyberfinancement » par des crypto-monnaies.

Cette opération fait suite à l’ouverture le 24 janvier par le Pnat d’une enquête pour « financement du terrorisme » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle », après un signalement de la cellule antiblanchiment Tracfin.

Des coupons de 10 à 150 euros

Selon le parquet, des dizaines de personnes résidant en France se sont rendues « à maintes reprises » depuis 2019 dans des bureaux de tabac pour acheter anonymement des coupons (de cryptomonnaie) d’une valeur comprise entre 10 et 150 euros » et les créditer sur des comptes ouverts depuis l’étranger par des jihadistes. Deux entreprises françaises proposent ce type de service: Digycode et Keplerk, une société qui a connu quelques déboires techniques avant son arrivée définitive sur le marché, fin 2019.

Au cours des investigations, les enquêteurs ont pu identifier « deux jihadistes français » à l’origine de ce réseau, Mesut S. et Walid F., tous deux âgés de 25 ans, indique le communiqué. « Ayant rejoint ensemble la Syrie en 2013, ils sont suspectés d’être des membres du groupe terroriste Hayat Tahrir Al-Sham (HTS) affilié à Al-Qaïda et sont visés par un mandat d’arrêt » depuis leur condamnation par défaut à 10 ans d’emprisonnement en avril 2016, détaille le Pnat.

Parmi les 29 personnes placées en garde à vue, dix sont fichées « S » pour radicalisation islamiste, a précisé une source proche du dossier. Pour le collectif Familles unies, les arrestations de simples membres de personnes se trouvant en Syrie ont été « effectuées dans des conditions traumatisantes » avec des parents « menottés devant leurs enfants ».

Ces aides étaient « connues des services de police depuis des années » et les familles avaient « toujours été transparentes là-dessus », explique dans un communiqué le collectif qui réclame le rapatriement en France de leurs proches.

« Pas le choix »

« On est en train de refuser de rapatrier ces enfants et d’interdire aux familles de leur apporter un minimum d’aide », a réagi auprès de l’AFP Me Marie Dosé, avocate de plusieurs gardés à vue. Elle a souligné que ces familles n’avaient « pas le choix d’envoyer autrement de l’argent » à leurs proches. « On demande aux familles de devenir complices de la mort » de leurs proches, s’est-elle emportée.

Environ 150 adultes et près de 300 enfants français sont détenus en prison ou dans des camps en Syrie et en Irak. Dans celui d’Al-Hol, dans le nord-est syrien, où s’entassent des dizaines de milliers de déplacés, 371 enfants sont morts en 2019. Jusqu’ici, la France n’a rapatrié que 28 mineurs, surtout des orphelins ou les enfants des rares mères qui acceptent de s’en séparer. Sollicité par l’AFP, le Pnat a précisé que parmi les 29 personnes entendues en garde à vue, « seulement six sont suspectées à ce stade des investigations d’avoir envoyé de l’argent à des personnes se trouvant dans des camps ».

Elles ont été entendues sous ce statut « pour des raisons tenant aux nécessités de l’enquête ». Selon le Pnat, 21 personnes supplémentaires ont quant à elles été entendues en audition libre mardi, également pour avoir envoyé de l’argent à des proches dans des camps. « L’audition de ces personnes est nécessaire pour établir le fonctionnement précis de cette structure et son ampleur », a précisé le parquet.


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