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Les données de santé des Britanniques confiées à l’entreprise controversée Palantir


Pour établir un outil prédictif de lutte contre l’épidémie de coronavirus, l’entreprise américaine s’appuiera au Royaume-Uni sur les données du NHS… et facturera ses services 1£ symbolique.

La France avait dit non, le Royaume-Uni a finalement cédé. Le NHS, à savoir l’équivalent du système de santé publique britannique, a accordé au géant américain Palantir l’accès à ses données de santé, pour concevoir un outil technologique de lutte contre l’épidémie de coronavirus.

D’après le contrat, connu depuis plusieurs semaines mais publié en ligne vendredi dernier seulement, ce sont les données de millions de citoyens britanniques qui seront brassées par les algorithmes de l’entreprise. Parmi elles, les coordonnées personnelles, le sexe, la profession mais aussi les conditions de santé physique et mentale, l’appartenance religieuse et politique ou encore, le cas échéant, le nombre et la nature des infractions pénales commises.

Surtout, les services de Palantir, et la mise à profit de son fameux outil d’analyse de données Foundry, n’auront été facturés qu’1£ au NHS, toujours d’après le contrat publié. Google, également impliqué auprès du NHS, a pour sa part offert un « support technique et consultatif » gratuitement.

Un double enjeu

L’enjeu est de taille, aussi bien pour le NHS que pour Palantir. Pour le gouvernement britannique, il s’agit de disposer au plus vite d’un outil prédictif pour évaluer au mieux l’évolution de l’épidémie, sa propagation ou non dans le pays mais aussi d’avoir un aperçu précis des ressources médicales en temps réel, pour mieux pouvoir les allouer.

Palantir, pour sa part, met grâce à ce contrat la main sur un gigantesque échantillon de données de santé, qui figurent parmi les plus sensibles et les plus rares pour tout groupe spécialisé dans le big data. Surtout, l’entreprise voit en le marché européen une opportunité à saisir. Elle compte désormais davantage de salariés dans son bureau de Londres que dans son siège social, situé à Palo Alto, en Californie.

La société américaine reste controversée en raison de sa proximité avec la CIA, qui l’a cofinancée à son lancement, mais aussi de son opacité. A cela s’ajoute les obligations liées à sa nationalité américaine. Une réglementation nationale, le Cloud Act, oblige en effet les entreprises du pays à céder si nécessaire aux requêtes du gouvernement, pour accéder aux données en leur possession.

Ces critiques n’empêchent en rien Palantir d’être particulièrement prospère. En septembre dernier, alors en quête de nouveaux fonds, l’entreprise était valorisée 26 milliards de dollars, selon Reuters. D’après des estimations transmises à CNBC, le groupe table pour 2020 sur un chiffre d’affaires supérieur de 35% à celui de l’année précédente, soit près d’un milliard de dollars.


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