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Submergée de fausses alertes, une appli de lutte contre le harcèlement de rue suspend son service


L’application mobile HandsAway permet de signaler des faits de harcèlement de rue pour trouver de l’aide autour de soi. Elle-même détournée à des fins de harcèlement, elle a été suspendue pour quelques jours.

On y voit une carte du monde, parsemée de pictogrammes rouges, jaunes et bleus. L’application française HandsAway, lancée en 2016, propose à ses utilisatrices essentiellement féminines de signaler des faits de harcèlement de rue – du regard appuyé à l’insulte en passant par l’agression – pour obtenir de l’aide ou pour éviter à d’autres d’emprunter le même chemin.

Une déferlante de commentaires

L’une de ses fonctionnalités, baptisée « street angel« , donne en l’occurrence la possibilité de recevoir une notification en cas de harcèlement, et de rassurer la victime par écrit. HandsAway propose également de faire le lien avec des associations spécifiques, de rediriger vers des numéros d’écoute ou de détailler, point par point, les différentes étapes pour porter plainte en cas de harcèlement.

Ces 5, 6 et 7 juin, l’application a néanmoins fait les frais d’une vague de faux signalements et de commentaires sexistes. Le 5 juin, par des tweets très relayés, plusieurs de ses utilisateurs avaient appelé à la télécharger. Des alertes infondées sont venues envahir la carte de l’application, et dissimuler les signalements réels. Parmi les commentaires publiés par centaines, certains faux appels à l’aide pour être sauvé d’une noyade ou encore « trouver un bon grec » en urgence.

« Nous sommes en gestion de crise depuis hier », indique Alma Guirao, la fondatrice de l’application, auprès de BFM Tech. « L’engouement pour HandsAway a commencé à monter vendredi soir, avant de se traduire en milliers de téléchargements samedi. Le dimanche, une déferlante de comportements malveillants s’en est suivie. Le côté massif et soudain de cette vague de signalements et commentaires nous fait soupçonner l’existence d’un raid à notre encontre ».

Sur les quatre derniers jours, HandsAway est passée de 44.000 à plus de 100.000 téléchargements. L’association attribue les commentaires indésirables à une frange de moins de 5% de ses utilisateurs. « Une minorité malheureusement plus visible que la majorité véritablement concernée par le harcèlement de rue », regrette Alma Guirao.

« Suite à des milliers de téléchargements sur l’application HandsAway engendrant des comportements malveillants portant atteinte aux fondements et valeurs même de notre association de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, nous avons pris la décision difficile de couper momentanément le service Handsaway », a-t-on ainsi pu lire sur le compte Twitter du service.

HandsAway ne précise pour le moment pas la durée de suspension du service et se contente d’indiquer qu’il s’agira du temps nécessaire pour « nettoyer l’application ». Le service s’en remet pour l’heure à une équipe de modérateurs pour évacuer les signalements et commentaires abusifs, et planche sur un outil de filtrage automatique de ces contenus.

Par ailleurs, HandsAway indique prendre contact avec des associations spécialisées dans le cyberharcèlement pour ne pas laisser ces signalements abusifs impunis. « Cela ne sera pas laissé sans suite », fait savoir Alma Guirao, en indiquant qu’une plainte pourrait être déposée.

D’après un sondage Ifop de 2018, près de 86% de femmes disent avoir déjà été victimes de harcèlement de rue. Les premières amendes pour harcèlement de rue, ou « outrage sexiste », ont quant à elles commencé à être infligées en août 2018.




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