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Sur Instagram, la nouvelle génération de brocanteurs fait carton plein


La brocante 2.0 a la cote sur Instagram. Des dizaines de comptes proposent des meubles vintage, rénovés, à des prix raisonnables, que la concurrence a même tendance à faire baisser.

Si la série Louis La Brocante ne représentait déjà pas, il y a 20 ans, les brocanteurs tels qu’on les connaît, elle n’est plus du tout en phase avec la nouvelle génération. Le métier a attiré de nouveaux profils, qui préfèrent Instagram et ses photos épurées aux boutiques encombrées.

Sur Instagram, des dizaines de comptes de brocantes se sont créés ces dernières années. On y trouve surtout du mobilier des années 50 à 70. Commodes, miroirs dorés et enfilades scandinaves ont retrouvé leurs lettres de noblesse et s’arrachent à plusieurs centaines d’euros.

Un domaine qui se féminise

La quasi-totalité des personnes interrogées pour cet article se sont avérées être des brocanteuses.

Il y a majoritairement des femmes », témoigne Emilie, 37 ans, à la tête de la boutique Petits chineurs, suivie par 10.200 abonnés. « Instagram a complètement démocratisé ce milieu qui était plutôt masculin. J’achète d’ailleurs beaucoup à des hommes ! ».

Emilie, qui habite Tours, a démarré son activité il y a bientôt deux ans grâce à une boutique Instagram, pour « créer quelque chose d’esthétique, avec de belles photos ».

Instagram permet de se créer une communauté

D’autres ont vendu leurs premiers meubles sans penser à en faire une activité professionnelle. Ricardo et Mélanie, un couple du Val-d’Oise, sont de ceux-là. Ensemble, ils ont créé la boutique Les belles vies, suivie par près de 13.000 abonnés.

On a toujours chiné pour notre plaisir. Un jour, on a dû déménager pour plus petit et se séparer de certains meubles. Notamment d’un bureau ancien que Ricardo avait restauré. On l’a vendu sur Le Bon Coin et avec l’argent, on a acheté un autre meuble, puis un autre, et ainsi de suite », raconte Mélanie, qui travaillait auparavant dans le marketing.

Ils ont rapidement basculé sur Instagram. « Sur Le Bon Coin, on ne peut pas se construire de communauté », affirme Ricardo. « Avec Instagram, on est dans l’échange. On aime parler de nos produits. Des gens nous sollicitent parfois pour des conseils sur la restauration de meubles qu’ils ont chiné. On nous demande aussi d’estimer leur valeur. »

Le e-commerce, une solution idéale?

Vendre sur Instagram présente un avantage évident: il n’est pas nécessaire d’investir dans une boutique. « Quand on est brocanteur, on passe une grande partie de notre temps à chiner. Avoir une boutique impose d’ouvrir à des horaires bien précises. Il faudrait donc embaucher quelqu’un. Ce n’est pas jouable », explique Ricardo.

Une boutique est rentable à condition d’avoir beaucoup de volume », abonde Mélanie. « Nous sommes très rigoureux. On choisit peu de pièces et on les travaille. On est dans une démarche de recherche de trésors ».

Ensemble, ils ont tout de même signé un local qui leur servira d’atelier, pour arrêter de travailler au milieu de leur salon. Emilie, des Petits chineurs, a fait le même choix. Elle s’est offert une vieille boulangerie dans le village de son grand-père dans la Sarthe. Avec son mari, elle prévoit de la retaper petit à petit pour, à terme, y accueillir du public.

Un travail à plein temps

Contrairement à un meuble trouvé dans un vide-grenier, ceux des boutiques Instagram sont remis en état. Emilie, passionnée par les miroirs et les meubles de métier comme les établis, nettoie, ponce et traite tous les produits.

Il m’arrive de peindre les meubles pour certains clients. Mais quand la patine est jolie, je refuse. Sur les établis par exemple, il y a souvent des traces de peinture et dans ces cas-là on les laisse. C’est ce qui les rend beau », explique Emilie.

Chez Les belles vies, les meubles peuvent faire l’objet d’une journée entière de travail. Surtout que Ricardo et Mélanie ont à cœur d’adopter une démarche écologique. « Quand on doit décaper un vernis ou une peinture, on pourrait se contenter d’appliquer un produit chimique, ça nous prendrait beaucoup moins de temps. Mais on préfère poncer pendant des heures. Pour l’environnement déjà, et aussi pour nous éviter de le respirer », affirme Ricardo.

Un travail qui se répercute sur les prix. Pour s’offrir un miroir d’un mètre chez Les belles vies, il faut compter environ 200 euros. Mais certaines pièces d’exception sont vendues bien plus chères, comme un miroir de 2 mètres cédé à 1.200 euros, recouvert de feuilles d’or datant du début du XXe siècle.

« Mes prix oscillent entre 120 et 360 euros », révèle Capucine, 28 ans, qui a lancé il y a trois ans sa boutique appelée Les bobo meubles (4.500 abonnés).

Mon objectif est de pratiquer des prix accessibles. En général, les clients ne négocient pas parce que j’offre la livraison. Et puis, on doit vendre vite pour être rentables. Il faut qu’il y ait du roulement ».

Une politique loin d’être appliquée par tout le monde. Certaines pièces, très tendances comme les enfilades scandinaves ou les chaises en cannage, peuvent parfois s’arrachent à prix d’or. Mais dans l’ensemble, et contrairement aux friperies, la concurrence grandissante permet de maintenir des tarifs abordables.

Il y a de plus en plus de vendeurs non professionnels qui font ça occasionnellement pour arrondir leurs fins de mois », détaille Emilie. « Forcément, ils n’ont pas les mêmes charges que nous et donc, ils ont tendance à casser les tarifs. »

Il y a de la place pour tout le monde », affirme Capucine des Bobo meubles. « On a notre clientèle. Pendant le confinement, ça nous a beaucoup aidé à survivre car nos clients continuaient à nous acheter des produits, à nous faire des virements. Ils nous faisaient confiance car nous sommes des professionnels ».

Tous disent vivre correctement de leur activité de brocanteur 2.0, même s’ils gagnent souvent moins qu’avant. « C’est un choix de vie », conclut Ricardo, ravi.


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