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TOUT COMPRENDRE – Le fiasco de la mise en route de la classe à la maison


Des millions d’élèves ont sollicité depuis ce mardi les outils pédagogiques mis en place par l’Etat et les régions pour une semaine d’école à la maison. Mettant certains face à un écran noir.

La rentrée numérique du mardi 6 avril restera marquée par des bugs en série. Dès le début de la matinée, des milliers d’élèves, de parents d’élèves, mais aussi d’enseignants se sont retrouvés démunis face à des outils inutilisables pour la poursuite de l’enseignement. La situation a amené Jean-Michel Blanquer à communiquer, accusant successivement des hackers étrangers et OVH, entreprise française spécialisée dans l’hébergement de données.

• Quels outils mis en place pour l’enseignement à distance?

Deux principaux outils ont été proposés pour la poursuite de l’enseignement à distance. Tout d’abord, les ENT (espaces numériques de travail), qui permettent aux enseignants de proposer aux élèves des outils pédagogiques, mais aussi administratifs.

La plateforme “Ma classe à la maison”, proposée par le Centre national d’enseignement à distance (CNED), regroupe quant à elle les supports numériques pouvant être utilisés pour les cours, pour chaque niveau (école, collège, lycée).

Ces deux piliers de l’enseignement à distance sont complétés par des outils plus spécifiques, comme un outil de visioconférence mis au point par le ministère de l’Éducation nationale ou le gestionnaire de vie scolaire Pronote, développé par l’entreprise privée Index Education.

• Qui est responsable de ces outils?

Les principaux acteurs de cette offre d’enseignement numérique sont d’une part l’Etat, via le ministère de l’Éducation nationale, et les régions.

Le CNED est un établissement public à caractère administratif directement rattaché au ministère de l’Éducation nationale, au même titre que certains outils comme ceux de visioconférence. Les ENT sont quant à eux rattachés aux régions.

• Quelles pannes ont été recensées?

Qu’il s’agisse du CNED comme des ENT, mais aussi de Pronote et des systèmes de visioconférence, des élèves et enseignants ont fait face à des erreurs liées à une saturation des serveurs. Un nombre trop important de connexions simultanées a ainsi empêché les données de transiter correctement, parfois pendant plusieurs heures.

Ces pannes se sont logiquement concentrées dans le temps aux périodes d’affluence: en début de matinée, lors du début des cours virtuels, ou aux alentours de 14 heures, après le déjeuner.

Ce 6 avril, la région Ile-de-France a ainsi mis en place un système de file d’attente virtuelle, obligeant les internautes à patienter de longues minutes avant de pouvoir accéder à l’ENT. L’ENT du Centre-Val de Loire est quant à lui resté inaccessible pendant une partie de la journée.

• Ces pannes étaient-elles évitables?

Sur les réseaux sociaux, de nombreux élèves et enseignants ont regretté l’impréparation face à cette situation, plus d’un an après la première généralisation de l’école à la maison. Le sous-dimensionnement des serveurs est régulièrement pointé du doigt, avec des capacités insuffisantes pour encaisser la charge de trafic.

Ce 6 avril, Jean-Michel Blanquer a évoqué des difficultés liées à OVH, leader français de l’hébergement, accusant l’entreprise de ne pas avoir su faire face. Une accusation qui a valu au ministère de l’Éducation nationale une réponse sèche du PDG de l’entreprise, assurant que les dysfonctionnements n’étaient pas liés à une quelconque saturation de ses services.

La coïncidence entre les pannes et l’afflux de connexions est pointée du doigt par plusieurs spécialistes en informatique.

Faire passer un système informatique de 0 à des centaines de milliers d’utilisateurs en quelques minutes, c’est tout simplement impossible. C’est comme demander à un million de personnes de venir en même temps dans une gare et de s’étonner que tout le monde n’arrive pas à accéder au quai”, résume un spécialiste de l’architecture réseau auprès de BFMTV.

Si les responsabilités de ce fiasco sont multiples et liées aux nombreux acteurs impliqués (gouvernement pour le CNED, régions et départements pour les ENT), un étalement des connexions dans le temps aurait par exemple pu soulager le système.

• Les pannes sont-elles liées à des cyberattaques?

Après avoir évoqué la responsabilité des entreprises d’hébergement de données, Jean-Michel Blanquer a mentionné des attaques informatiques pouvant venir de l’étranger et visant le CNED, qui dépend de ses services.

A la suite de ses déclarations, l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLTIC) a ouvert une enquête pour « accès frauduleux à un système de traitement automatisé » et « entrave au fonctionnement » d’un tel système.

De son côté, le CNED, qui a noué des partenariats d’hébergement avec l’américain Amazon, mais aussi avec le belge CBlue, a publié un communiqué de presse évoquant “des dizaines d’attaques” et a annoncé déposer plainte. Il s’agirait d’attaques “par déni de service”, mobilisant des assaillants coordonnés pour se connecter simultanément à une même plateforme afin de saturer ses serveurs.

Pour l’heure, il est toutefois impossible de déterminer si ces multiples attaques sont le fait de véritables hackers à des fins de déstabilisation ou de certains élèves désirant mettre à mal l’organisation de leurs cours en ligne. Leur rôle dans les pannes rencontrées par le CNED reste également impossible à évaluer.


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